LA PAUSE


Revenu de pension, à l'âge de 21 ans, en 1972, je ne voulais plus y remettre les pieds, - et pour cause -, je mis cinq à dix ans pour me refaire une santé...

Santé physique d'abord..

Je faisais toujours des crises d'épilepsie, et les remèdes ne m'en empêchaient pas... A ce propos, et avec le recul, je pense que l'on m'aurait donné un remède beaucoup plus puissant, cela n'aurait pas supprimé les crises, mais aurait eu pour effet de m'endormir, donc d'être moins lucide de mon environnement et de ce qui se passait autour de moi.

Je suis en mesure aujourd'hui d'affirmer que la plupart des crises d'épilepsie sont dues, à l'origine, à un choc émotionnel qui revient sans cesse et que le sujet ne peut pas absorber étant donné sa fréquence trop rapide... Plus tard le mal fait, cela devient une maladie "physique" chronique.

J'aurai quand même mis 18 ans à m'en défaire de ces crises après ma sortie de pension. La dernière remonte au 2 février 1989...

Santé psychologique ensuite...

Inutile de dire que je n'étais pas beau à voir psychologiquement quand je suis revenu du Centre... J'avais tout à réapprendre, et je me sentais comme une huître dans l'impossibilité d'ouvrir sa coquille...

Quand à la santé émotionnelle, n'en parlons pas... J'avais trop de chats à fouetter par ailleurs pour me poser des questions de cœur...

Pour m'occuper j'avais pris des cours par correspondance pour essayer de repasser mon diplôme d'aide comptable. Mais le cœur n'y était plus. La corde était brisée. Ces cours me rappelaient trop de choses qui me faisaient encore souffrir. Je n'étais pas encore en mesure de les assumer.
Ces années furent des années de "réparations" dans tous les domaines... Je réapprenais à vivre en famille, à rire avec mes frères et sœur... ce rire qui m'avait tant fait défaut pendant toutes ces années, il était là à nouveau... encore frémissant il est vrai, mais prometteur de tant de choses...


Je réapprenais à vivre en société, avec les amis des uns et des autres, avec les jeunes du village... Ce n'était pas encore la pleine forme... Mais il fallait laisser au temps le temps d'agir... Il me fallait me laisser le temps de retrouver mon identité, perdue lorsque j'étais entré dans ce centre... Après tout, qu'est-ce que deux ou trois ans lorsque on en a cinquante ou soixante devant soi ?


Aujourd'hui, je compare ces années de ré-apprentissage à l'enfance de mes enfants, à l'éducation que je leur donne, et aux pistes qu'il peuvent prendre déjà aujourd'hui pour demain.


Ces années ne furent ni joyeuses, ni tristes... Elles marquent un temps d'arrêt ; elles furent la base sur laquelle j'allais m'appuyer pour m'envoler....